Humeur marseillaise : Quand une vague bonne idée ne fait jamais un projet politique.

La Mairie de Marseille aurait-elle eu une bonne idée ?

Les dimanches de la Canebière sont annoncés comme un vrai projet municipal de réappropriation de l’espace public par les piétons. De nombreuses activités, animations, spectacles sont programmés, afin que chacun y trouve son plaisir et redécouvre la Canebière. Incontestablement, l’idée est bonne. La Canebière, avenue marseillaise mondialement connue, n’est plus aujourd’hui qu’un axe routier dans la ville. Elle semble abandonnée de tout esthétisme, malgré les maints travaux qui s’y sont succédés. Les façades historiques, extraordinaires bijoux architecturaux, abritent les grandes enseignes présentes dans tous les centres commerciaux du pays. On ne se promène plus sur la Canebière, elle devient une extension du centre Bourse, on la traverse comme une frontière, on y prend le tram, on la remonte en voiture… Donc, oui, l’idée de se la réapproprier de façon piétonne, une fois par mois, de la redécouvrir, d’y vivre d’autres expériences que celle de courir pour attraper son tram ou entrer rapidement dans une grande enseigne, est une bonne initiative. Mais, quelle proposition réelle est faite aux Marseillais ?

Une réalité très éloignée du rêve annoncé.

On annonce du spectacle de rue, qui n’arrive pas. Des activités pour les enfants, qui se réduisent à quelques jeux empruntés dans un centre de loisirs. Des animations qui se bornent à la présence des marchands du temple, toujours les mêmes, faux marché provençal où l’on vous propose des poischichades, pour ne pas dire du hoummous (moins chic et pas provençal), des huiles d’olive à un prix exorbitant car officiellement provençales, des nappes et des torchons provençaux made in china… Le rêve pour tout un chacun, donc… Le pompon, c’est certainement le stand de boulettes et son DJ vaguement branchouille qui balance, avec le plus grand sérieux, des morceaux déjà ringards et même pas vintages…

A qui profite la piétonnisation de la Canebière ?

Bloquer la Canebière, super ! Mais pourquoi ? Pour qui ? Les grandes enseignes toutes ouvertes « exceptionnellement » en ce dimanche ? Certainement ! On sent que le seul projet politique, s’il y en avait un, c’est d’habituer les Marseillais à consommer le dimanche sur la Canebière. L’annonce du programme draine une foule, ni joyeuse, ni maussade, qui finit, par manque d’animation réelle, par se rabattre sur les magasins. Quitte à avoir fait le déplacement… La balade reste donc sans intérêt. Cela ressemble à une manif sans revendication. Chacun semble se demander ce qu’il fait là. On retrouve les amis, par hasard, qui se posent la même question. Chacun se renseigne. Le spectacle de rue va-t-il enfin commencer ? Où sont-il ? Les jeunes gens, employés pour l’occasion par la Mairie, renseignent comme ils le peuvent. « Oui, oui, le cirque va arriver… » Une bonne heure plus tard, toujours rien. Juste les pommes écoresponsables, les minis cactus et toujours le pathétique DJ vendeur de boulettes….

Déception. Une fois encore, le projet municipal fait un vague « plouf » dans la mare aux canards. Une fois encore, nous sommes face à un grand vide lorsqu’il s’agit de penser la ville. Une fois encore, on ne peut que constater l’absence totale de projet, de pensée même du projet, qu’il soit politique, culturel… La municipalité semble s’arrêter à cette étape, cruciale, mais loin d’être suffisante : l’idée.

Pourtant, il y avait tant à faire, à imaginer, à inventer. L’espace public est de plus en plus privatisé. Les propositions sont inexistantes : pas d’artistes, pas d’agora, pas de place pour les initiatives populaires (ou devrait-on dire SURTOUT aucune place). L’autorisation de marcher sur la route? Comme si le Marseillais avait besoin d’autorisation pour ça! Jouer avec ses copains sur le trottoir : c’est ce que font les minots chaque fois que le temps le permet. Flâner dans le « marché provençal » : on nous prend pour des touristes?!

Imaginer, inventer, c’est déjà un programme politique… Il y a, ici, comme une incapacité à l’entrevoir.

Les Marseillais, une inventivité sans faille pour pallier au manque de projet politique de la Mairie.

Que la Ville et son Maire, Monsieur Gaudin, se rassurent. Dans leur absence totale de comprendre, envisager, organiser une réappropriation de l’espace public, ils peuvent toujours compter sur l’inventivité des Marseillais. Finalement, l’après-midi n’a pas été perdue. Au-delà du plaisir de retrouver quelques amis, sur le chemin du retour, la vraie surprise a eu lieu. Rue d’Aubagne, une batucada, hors programmation, s’est improvisée et installée sur une petite place. Cette fois, j’y étais : il y avait réappropriation de l’espace public avec cette évidence pour chaque Marseillais : La rue est à nous !