Les héros du quotidien

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».

Je m’agace de cet argument qui n’en est pas un dans une période où l’on n’a jamais aussi peu accueilli. Je suis confrontée, comme beaucoup d’entre vous, à cette peur imbécile d’une invasion dont nous serions victime. On me traite d’idéaliste. Oui, on me traite. Car idéaliste, comme intellectuel est devenu un défaut de fabrication dont certains souffriraient à leur insu. Pauvres fous.

Ce qui a décidé la rédaction de Tiers Secteur Média à ouvrir cette chronique, est une réplique qui m’a sidérée, séchée : « Même s’ils (les migrants) s’intègrent, on ne sait pas ce que ça va donner… » Il semble qu’il y ait là une méconnaissance de notre monde, de notre pays, de qui nous sommes. Pour cette raison, j’ai souhaité soumettre ce feuilleton qui raconte l’histoire une famille de migrants espagnols arrivés en France en 1939.

En effet, faire savoir, comprendre, informé, ne passe pas nécessairement par une phase de théorisation ou de décorticage économique ou politique. Le témoignage donne une vérité, une appréhension du monde, qui ne peut être négligée.

J’entreprends donc de retracer l’histoire de ma famille comme un témoignage, parmi tant d’autres, de cette polyphonie formidable qui constitue notre pays. Je publierai, ici, comme un feuilleton, des épisodes de cette épopée banale et populaire parfois tragique, parfois drôle, qui s’adresse comme une lettre de bienvenue aux nouveaux arrivants, comme les bases d’un dialogue ouvert à ceux qui s’interrogent, et comme une lettre d’amour aux miens.