Livres : Geneviève Donadini : Le Procès Ranucci, Témoignage d’un juré aux assises.

Le sous-titre est plus important que le titre : Témoignage d’un juré d’assises.

Du reste, Geneviève Donadini, qui faisait partie du jury populaire ayant condamné l’auteur supposé du meurtre à coups de couteau d’une petite fille à Marseille en 1974, respecte l’interdiction qui lui est faite de ne pas s’exprimer sur le fond de l’affaire ni de trahir le secret de la délibération : aucune « révélation », donc, dans ce livre.

Ce bref ouvrage évoque le traumatisme à plusieurs détentes qu’a été cette expérience. Premier traumatisme : la confrontation avec les « pièces » du dossier (photos du cadavre, arme du crime, effets de la victime, etc.) ; ensuite, la confrontation avec celui qui était, à l’époque, aux yeux de tous, le coupable de cette barbarie ; puis le fait de se voir conférer le droit exorbitant de vie ou de mort sur cet homme, alors que sous les fenêtres du tribunal, tout au long de ce procès qui ne dure que deux jours, la foule hurle (littéralement) à la mort : « tout a été mis en œuvre, résume Geneviève Donadini, pour que ce soit mon cœur qui juge, et pour que je perde la raison ».

Et puis, quatrième temps : deux ans après, cette bombe qu’a été la publication du « Pull over rouge », la célèbre contre-enquête de Gilles Perrault. Ainsi, aurait-on non seulement exécuté un innocent, mais, de plus, laissé dans la nature un monstre ?

Ce témoignage, qui décrit « l’enfermement inhumain, obligatoire et légal » auquel les jurés d’assise sont condamnés à perpétuité en raison du silence auquel ils sont tenus, est aussi, on l’aura compris, une défense de l’abolition de la peine de mort. À l’heure où l’avocat de la partie civile d’alors, Gilbert Collard, qui n’avait pas demandé la tête de Ranucci, a rejoint un parti qui réclame d’y revenir, il n’est pas inutile d’y prêter attention.

J’aurai le plaisir d’échanger avec Geneviève Donadini mercredi prochain (le 15 mars) à L’Atelier des Arts (85, rue d’Aubagne à Marseille) à partir de 18h30.

Vous êtes tous les bienvenus.

David Gaussen