Marseille en état d’urgence sociale.

 

 

«  Poursuivre le combat sous une autre forme ! »
Le nouveau collectif marseillais s’engage sur les problématiques liées à l’accueil des migrants et s’attaque à la gentrification des quartiers populaires de la ville.

Tiers Secteur Média a rencontré une partie de acteurs de ce collectif né du mouvement Nuit debout Marseille. Selon Jean-Pierre Bertalmio, enseignant FLE, l’épuisement de la forme Nuit debout dessinait la nécessité de créer un collectif pour continuer la lutte, autrement, sur le territoire marseillais. Les membres du collectif viennent d’horizons différents (syndicats, partis politiques, société civile, toutes générations confondues). Pour certains, ce sont leur première lutte.

Quel projet ? Quels combats ?
Pour Ernesto, il fallait continuer à construire ce qui s’était initié avec le mouvement Nuit debout pendant l’été. « Créer un collectif pour porter la parole sur la place publique ». Marseille en état d’urgence sociale a décidé d’axer son combat d’un point de vue local et de travailler à une convergence des luttes. Marseille, c’est 80 associations qui luttent de façon très éparpillée. Il y a urgence à rassembler ces énergies. La ville phocéenne est multi-culturelle avec un fort taux de pauvreté. Selon le collectif, la politique de la ville cherche à en faire une autre ville par le biais de la gentrification.
Il souhaite travailler à la démocratie réelle et se réapproprier l’histoire coloniale de l’état d’urgence. Celui-ci a été créé pendant la guerre d’Algérie. Il incite à « un racisme d’État, un traitement colonial des quartiers populaires et il est une des causes de la migration. » Selon Ernesto, le capitalisme mondial provoque « une instabilité politique et un état de guerre permanent. » Il devient nécessaire pour « changer le monde », de faire le lien entre une compréhension du monde et des actions concrètes.

Pourquoi un collectif ?
Les membres du collectif ne souhaitent pas devenir une structure juridique légale qui inviterait à une prise de pouvoir en interne. Réunis en collectif, ils restent une plate-forme de convergence.

 

Quelles actions ?
Le principe même de Marseille en état d’urgence sociale est de travailler, soutenir, organiser, mettre en œuvre des actions avec d’autres structures (collectifs ou associations). C’est le cas de l’initiative menée en décembre sur la Plaine avec les Passeurs d’hospitalité. Cette première action avec les migrants a rencontré un franc succès dans le quartier. Le collectif a organisé une collecte de vêtements, livres, jouets, nourriture qui a dépassé leurs attentes. Cependant, c’est une relation, un échange qui se met en place, grâce à des débats publics donnés ce jours-là, des témoignages de migrants, la vente de repas, la présentation du travail de la plasticienne Malika Moine, une batucada… Le travail en faveur des migrants ne s’arrêtent à une action. Certains membres du collectif sont également membre de Migrants 13 et participent aux maraudes. Le collectif n’a pas vocation à se substituer aux structures existantes. Il assiste et accompagne les structures qui le leur demandent.

La gentrification des quartiers de Marseille.
Les problématiques autour de l’accueil des migrants n’est qu’une des facettes de ce collectif marseillais très ancré dans la ville. Ils officient également sur les questions que posent la gentrification. Dans ce cadre, Marseille en état d’urgence sociale collabore avec Un nouveau centre ville, l’Assemblée de la Plaine et Laisse béton. Leurs actions concernent plusieurs quartiers comme celui des Crottes où près de 1500 familles et 80 entreprises risquent l’expulsion.
Ce collectif souhaite organiser des États généraux sur la gentrification avec tous les collectifs et associations marseillais existants œuvrant dans cette direction, pour, ensemble, face aux politiques publiques, « proposer des alternatives et poser des leviers concrets. »

Un projet politique ?
Si l’idée de racisme d’État est un des axes fondamentaux, il s’inscrit dans la continuité des luttes menées par le collectif présent à toutes les manifestations contre la loi travail. Selon ses membres, il faut répondre aux enjeux que sont la précarité et le chômage de masse. Pour ce faire, ils souhaitent faire converger les chômeurs et les salariés pour unifier les combats. Marseille en état d’urgence sociale pense un projet politique à « échelle humaine » qui rejette le capitalisme et s’attache à l’écologie. « Il faut faire de la politique. L’écologie est une ligne de clivage essentielle contre le capitalisme. » La décision de travailler en local c’est s’ancrer dans la réalité. Cependant, le collectif ne perd pas de vue que les luttes locales et globales sont les même et souhaite ne pas rompre le lien. Nous devons « œuvrer à réunifier notre camp social et politique : les exploités et les opprimés. Nous avons la responsabilité de construire autre chose. »

Stéphanie Fernandez Recatala.