On s’émeut

Il aura fallu la démission d’un général pour que l’on s’émeuve. Chacun verse sa larme républicaine devant la haie d’honneur faite à Pierre de Villiers. Cependant, que l’on se rassure, ou pas, la Révolution des oeillets à la française n’est pas à l’ordre du jour.

Emmanuel Macron est élu depuis moins de trois mois et il a fallu qu’il touche à la sacro sainte armée pour que la toile s’enflamme. La grande muette a ouvert la bouche… Elle dénonce les coupes franches dans son budget, avec raison. Et pourtant, tant de nouvelles politiques qui nous concernent plus directement ont bien moins affolé l’opinion. À commencé par le tiers payant généralisé qui est supprimé. Ce qui entre en toute logique avec la suppression des charges sociales salariales qui implique, tout simplement, la disparition à long terme de ce droit fondamental que garantit la Sécurité Sociale : le droit à la santé. En contre partie, on nous assène l’obligation de 11 vaccins. Ici, on ne discute pas la pertinence de la vaccination dans l’éradication de certaines maladies, mais le cadeau fait aux lobbys pharmaceutiques. Si le gouvernement s’inquiète tant pour notre santé, pourquoi nous supprimer la possibilité de nous soigner ? Pourquoi notre Ministre de l’écologie cède-t-il si facilement sur la question des perturbateurs endocriniens ? Pourquoi la Ministre du travail supprime-t-elle la CHSTC ? Il semble qu’il y ait, là, matière à s’émouvoir outre mesure.

Certainement que les problèmes de l’armée priment sur les questions sociales. Notre Bon Président s’était présenté comme le grand défenseur de l’égalité homme/femme. Pourtant la suppression de crédits qui entraînent la fermeture de services de protection et d’accompagnement pour les femmes battues ne provoquent que peu d’émotion, là encore. De la même manière, on ferme des lieux d’accueil et de rencontre pour enfants et/ou adolescents en difficultés, on jette à la rue une femme âgée de 85 ans pour délit de pauvreté (ça lui apprendra tiens ! Elle n’avait qu’à économiser!), une famille est expulsée parce que ses enfants sont bruyants (!!), on revoit à la baisse les APL dès la rentrée de septembre… Une grande partie des bénéficiaires des APL sont des familles mono parentales. Plus de 80% de ces mono parents sont… des femmes. Messieurs, nous ne vous remercierons jamais assez pour votre sollicitude et votre bienveillance à l’égard de celles qui vous ont portés et peut-être (mal)élevés.

Poursuivant toujours sa logique implacable de redressement du pays, Notre Bon Président et son gouvernement ne s’émeuvent pas de familles qui dorment à la rue, à même le sol, avec des enfants qu’ils condamnent à n’être rien, selon la formule de M. Macron. Pas plus qu’ils ne trouvent inhumains d’ordonner à leur police, car ce n’est pas la notre, ne nous trompons pas, d’empêcher la distribution de tentes, couvertures, nourriture et eau à des réfugiés qui ont déjà traversé l’horreur.

Mais tout cela n’est qu’un détail, tout comme la création d’un bail locatif précaire pour les travailleurs précaires que nous prévoit la loi travail, l’augmentation de la CSG qui impacte directement le montant net des retraites perçues, le non respect des marchés publics, le gel des traitements des fonctionnaires (feignasses ceux-là!), l’instauration d’un état d’urgence permanent qui menace nos libertés les plus élémentaires, l’appel à la dénonciation, aux agents de la SNCF, les usagers qui auraient une tête de militant (cela rappelle de jolis moments de notre histoire), la suppression de postes précaires à l’Education Nationale juste avant les vacances… Et j’en passe.

Il aura fallu l’émotion causée par la démission d’un général pour ne toujours pas parler de l’essentiel. Pour rappel, l’armée, même française, a pour mission de tuer des gens (les méchants, hein!) contrairement aux droits sociaux que l’on nous retire qui permettent à tous de se soigner, de se loger, d’avoir accès à l’éducation et à la culture, et de protéger les travailleurs, même les petits patrons qui ont cru pouvoir devenir grands en Macronie.