Spectacle : N°187 par la Compagnie Mémoires vives.

Yan Gil, directeur artistique de la compagnie, réalise une adaptation libre de Le diable en France de Lion Feuchtwanger qu’il présente pour la première fois au Camp des milles.

 

REPRISE DU SPECTACLE LE 22 MARS à 14H ET LE 24 MARS à 22H

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La dernière création de la Compagnie Mémoires vives nous propose, comme à son habitude d’être non pas spectateur, mais témoin. Témoin d’un travail, mais aussi et surtout témoin de notre histoire nationale. Ce dernier spectacle pourrait s’envisager comme une œuvre d’anticipation. Yan Gilg vous prend, vous emmène, vous malmène, vous bouscule. Aller à un spectacle de la Compagnie Mémoires vives, ce n’est pas aller au théâtre, c’est participer à une aventure intellectuelle, politique et émotionnelle.

Qui est le N°187 ?
Dès notre arrivée au Camp des milles, sans même nous en rendre compte, habitués aux contrôles, aux files d’attente, Yan Gilg nous installe dans une ambiance déplaisante qui ne nous choque pas. Chacun accepte son sort tranquillement comme un accord tacite de passage obligé avant d’arriver dans la salle où le plaisir nous attend. Nous passons les portiques, les fouilles de sacs, les caisses administratives où l’on vérifie laborieusement le numéro de votre ticket qui doit correspondre à votre nom, l’attente dans une grande salle « sas » pleine à craquer, l’ouvreuse mal aimable et revêche pour finalement s’installer confortablement. Les comédiens sont déjà en plateau. Nous sommes au théâtre, on papote en attendant le spectacle.
Rapidement, on comprend le propos. L’ouvreuse n’est pas ouvreuse, mais surveillante d’un camp. Elle engueule le public, impose le silence, retrouve un sourire gracieux. Les costumes et les décors ne permettent pas de temporaliser l’action. Elle pourrait se passer demain, ou dans un futur plus lointain. Un gouvernement totalitaire s’est installé au pouvoir grâce aux urnes. Le populisme l’a remporté pour instaurer la haine, le racisme, la déshumanisation comme pensée collective assumée. Le camp a une fonction simple, efficace, vider l’humain de toute substance, de toute pensée, pour qu’il soit enfin un être utile, dédié entièrement à cette nouvelle société.
Les internés, comme le spectateur que nous sommes, est simplement venu visiter ce lieu mémoire. Ils restent finalement bloqués dans le camp rouvert pour la mise en quarantaine et la « guérison » des malades et des déviants. Comme les intellectuels et artistes internés dans ce même camp pendant la Seconde guerre, les internés du nouveau camp vont résister à la déshumanisation à laquelle ils sont condamnés en utilisant les seules armes qu’ils possèdent : l’art et la création. Le n° 187 est le dernier interné.

Mémoires vives travaille sur le principe de l’université populaire.
La compagnie s’est créée autour d’une équipe pluridisciplinaire d’artistes (réalisateur, danseurs, musiciens), d’historiens, d’acteurs culturels et sociaux. Inscrite dans le champ des cultures urbaines, elle travaille principalement à diffusion de l’histoire de l’immigration et de l’histoire collective.
Pour ce projet, comme pour les précédents, Yan Gilg et son équipe s’installent sur des périodes longues dans des lieux de vie comme les centres sociaux culturels. Le principe est de travailler avec des jeunes, souvent issus de quartiers très populaires, voire abandonnés. Sur scène, professionnels et « amateurs » se fondent. Ce travail au long court est un travail d’université populaire. Yan Gilg valorise les talents des jeunes qu’il rencontre : danseurs, rappeurs, chanteurs, comédiens, vidéastes… Avec eux, pendant des mois, il va échanger, partager des textes, des documents, montrer des films. Ensemble, ils vont fabriquer une pensée. C’est en cela que le travail de Yan Gilg, héritier à mon sens d’Armand Gatti, est exceptionnel. Pour lui, « La transmission et les échanges entre générations sont essentiels à l’écriture par nos jeunes de l’histoire de demain. »

Ce spectacle est amené à tourner dans toute la France. Nous vous invitons fortement à aller le voir ou, pour les structures culturelles, à l’accueillir dans vos lieux.

Pour plus de renseignements : cie-memoires-vives.org