Compte Rendu 2éme Assises du centre ville

Face aux habitants, les projets de la ville ne font pas un PLU

Les élus communistes Christian Pellicani, conseiller municipal élu dans le premier secteur, et Mireille Mavrides, conseillère d’arrondissement adjointe au quartier Noailles, ont invité les habitants à venir débattre, ce mercredi 20 novembre au théâtre Mazenod (1er), dans le cadre des deuxièmes assises du centre ville. Un après-midi d’échanges qui a notamment permis d’aborder le Plan local d’urbanisme (PLU), dont l’enquête publique s’achève le 17 décembre.

Le plan local d’urbanisme (PLU) : depuis la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dite SRU, du 13 décembre 2000, il s’agit en France du principal document de planification de l’urbanisme au niveau communal ou intercommunal, qui a remplacé le Plan d’occupation des sols (POS). Or, à Marseille, ce précieux sésame fait actuellement l’objet d’une enquête publique qui s’achève le 17 décembre. D’ici là, les Marseillais sont invités à venir débattre et à remettre leurs observations au commissaire enquêteur. Mais, comme le souligne Christian Pellicani, conseiller municipal communiste élu dans les 1er et 7e arrondissements, « il y a un demi mètre cube de papier à lire pour comprendre le PLU de Marseille ». Si bien qu’au final, les élus du Front de gauche du premier secteur s’aperçoivent « qu’il y a un manque de débat au niveau du PLU, un constat partagé par les élus des 2e et 3e arrondissements ».

Alors pour remédier à ce manque d’information, Christian Pellicani et Mireille Mavrides, conseillère d’arrondissement communiste adjointe au quartier Noailles, ont organisé, ce mercredi 20 novembre au théâtre Mazenod (1er), les deuxièmes assises du centre ville afin de réellement mettre ce PLU en débat. Une initiative plus que nécessaire à l’heure où le calendrier et les échéances se bousculent pour la cité phocéenne. « Nous sommes vraiment à la croisée des chemins pour notre ville et on ne peut pas rester dans le silence avec la métropolisation », insiste Christian Pellicani. Et l’élu de préciser aussitôt : « Notre but n’est pas seulement de faire un constat sur les 1/7 et 2/3 : il faut profiter des derniers jours pour faire notre écho sur le PLU en noyant l’enquête publique de propositions positives pour nos quartiers. »

De nombreux manques

Un centre ville, étendu sur quatre arrondissements (1er, 2e, 3e, 7e), où les manques sont légion comme le rappelle Mireille Mavrides, en premier lieu en matière de logement. « Il y a encore de l’habitat indigne, des marchands de sommeil. Mais les gens même en difficulté financière ne veulent pas aller dans le centre ville », observe-t-elle. L’élue pointe aussi l’échec de la rénovation du centre ville. « Des investisseurs ont acheté des îlots mais n’ont pas habité ces appartements : ils n’ont pas créé le dynamisme escompté. Des millions d’euros ont été investis pour faire venir les classes moyennes qui ne sont pas vraiment venues. Et ces trentenaires n’ont pas trouvé le cadre de vie qu’ils souhaitaient : manque de structures de garde d’enfants, manque d’écoles publiques en bon état, un point noir à Marseille, et des problèmes de stationnement, avec un coût exorbitant  des parkings et un manque de places gratuites », énumère-t-elle. Ecueils auxquels s’ajoutent le manque d’attractivité de la Canebière « malgré le tram qui, selon les élus de droite, allait tout solutionner », les « points noirs » qui subsistent à Noailles où « beaucoup de rez-de-chaussée restent vides », l’absence de sanitaires publics et de bancs pour s’asseoir et discuter dans le centre ville, ainsi que des problèmes de sécurité. Et les élus du Front de gauche d’observer qu’« à Lyon, il y a des toilettes publiques entretenues alors qu’à Marseille, on est obligé de consommer pour aller aux toilettes ».

Des difficultés de vie au quotidien dont ne manquent pas de témoigner les habitants présents aux assises. « Le problème des égouts à Marseille n’est pas résolu. J’habite dans le 7e à l’angle où il y a le Super U : ça sent même l’hiver ! », raconte une intervenante. Et une autre de pointer « la violence au moins verbale qui se développe à Marseille ». « Des habitants rendent responsables des franges de population, comme les SDF, de tous les maux alors qu’ils ne sont pas responsables du tout », souligne-t-elle en évoquant le risque de voir apparaître à Marseille la démarche de « voisins vigilants », de « véritables milices » qui se sont déjà constituées à certains endroits dans le Var.

Une ville pas toujours pauvre

Rolande note que certaines personnes ne résident pas forcément au centre ville par choix mais car elles « ne peuvent pas en partir : elles n’ont pas le permis, font les ménages ou travaillent dans les restaurants et n’ont pas les moyens de vivre plus loin ». Une observation qui ramène dans le débat le couplet sur « Marseille ville pauvre » sur lequel le maire Jean-Claude Gaudin s’appuie pour justifier sa politique qui vise à attirer des populations plus riches. Une idée à laquelle Christian Pellicani tient en partie à tordre le cou. « On véhicule une image à moitié vraie. Quand une ville est capable de donner 5 M€ au Conseil mondial de l’eau qui est la vitrine des marchands d’eau, auxquels se rajoutent 2,5 M€ de la communauté urbaine qui agglomère les misères ; moi avec 7,5 M€, je préfère faire des crèches et des écoles », souligne le conseiller municipal d’opposition, en évoquant également le coût pharaonique de l’expédition de la ville à Shanghaï en 2005, ou les 50 M€ que la Ville, le Conseil général et le Conseil régional avaient su mobilier en 2003 pour tenter d’attirer la Coupe de l’América. « Pour une ville pauvre, Marseille dépense mal son pognon », conclut-il tout en reconnaissant qu’il existe « un problème de fiscalité » : « il faut la changer afin d’assurer un retour vers les communes ».

Pour autant, les élus communistes n’en démordent pas : « il y a moyen de faire autrement que ce qui a été fait jusqu’ici ». « Ce n’est pas un PLU objectif. C’est un PLU qui correspond à des commandes, fait pour des gens qui ont des préoccupations précises », dénoncent-t-ils en appelant à « engager une guérilla urbaine sur Marseille, pour dire rue par rue ce que l’on veut pour la ville ».

Un autre possible existe

Et pour démontrer qu’un autre possible existe, le collectif Atelier Feuillants, qui regroupe des membres d’Un centre ville pour tous et un collectif d’architectes Atelier sans tabou, est passé de la parole aux actes en présentant le projet de réhabilitation qu’il a imaginé pour l’îlot des Feuillants. Cinq ménages, « qui ont déjà été visités par des médiateurs de la Soleam » (NDLR : société qui a pris le relais de Marseille Aménagement) habitent encore dans cet immeuble, appartenant à la ville de Marseille, où 4 300 mètres carrés shon sont disponibles. Un immeuble pour lequel la Soleam a lancé un appel d’offres pour trouver un promoteur et un architecte « sans aucune indication d’usage ou de destination sauf la nécessité d’avoir une brasserie au rez-de-chaussée ». « Nous avons voulu réfléchir à ce que pouvait être une réhabilitation exemplaire avec l’objectif de mettre en débat le projet pour cet îlot tout en sachant que cette offre ne serait pas reçue au même titre que celle des promoteurs. Il s’agissait de mettre en quelque sorte un pétard », explique David Escobar d’Un centre ville pour tous. Le collectif a ainsi imaginé un immeuble réhabilité qui, outre la brasserie du rez-de-chaussée, abriterait un lieu de débat démocratique où on puisse discuter des projets urbains, une crèche tout en réalisant de l’habitat groupé participatif garantissant la mixité sociale. Une rénovation où le manque de foncier au centre ville est résolu par la verticalité pour un coût estimé à 10 M€, bien loin des 240 M€ actuellement dépensés pour le stade Vélodrome.

Une initiative du collectif saluée par Frédéric Dutoit, président du groupe communiste à la mairie de Marseille, et par ailleurs, administrateur de la Soleam. « Le concept sur lequel vous êtes partis me paraît être révolutionnaire car il est en contradiction totale avec ce qu’imagine la ville de Marseille car il est en contradiction totale avec ce qu’imagine la ville de Marseille pour la rénovation du centre ville », note l’élu Front de gauche tout en encourageant le collectif à travailler désormais la question de l’aménageur et du foncier afin que « le projet soit crédible ». « Marseille veut vendre, pourvu que ce soit à de grandes sociétés, car la fiscalité locale, avec la disparition de la taxe professionnelle, va s’appuyer sur les ménages, taxe foncière et taxe d’habitation. D’où la volonté de la ville de favoriser des logements nouveaux car ce sont les ménages qui vont payer les grands équipements. Mais rien n’est écrit », insiste Frédéric Dutoit.

Un constat que partagent les élus du premier secteur. « On n’est pas dans l’utopie totale. Mais à un moment donné, il faut une décision politique comme à Nice où on est passé de deux concessionnaires à une régie de transports », soulignent-ils en allusion aux récentes décisions en la matière de Christian Estrosi. Ace propos Frédéric Dutoit observe que c’est justement de « volonté politique » qu’il manque à Marseille notamment pour s’attaquer au problème de la circulation automobile en centre ville : « Les politiques n’ont pas le courage de dire la voiture en centre ville c’est fini alors que toutes les grandes villes de France ont un centre ville piétonnier. »

Et Christian Pellicani de conclure : « Avec le groupe communiste, nous ne vous avons pas apporté un projet clé en mains. Vous pouvez nous écrire pour faire part de vos souhaits. Le groupe communiste déposera ensuite ses observations au commissaire enquêteur, de manière collective et par arrondissement. »

Serge PAYRAU

Légende : Les 2e assises du centre ville, initiées par les élus communistes du premier secteur Christian Pellicani et Mireille Mavrides, ont donné lieu à un après-midi d’échanges de grande qualité.