I CAN: Pour une Méditerranée débarrassée des armes atomiques

Forum social thématique

Débarrasser la Méditerranée des armes nucléaires

La Cité des associations sur la Canebière à Marseille accueille ce samedi 9 mars un Forum social alternatif sur le thème « Pour une Méditerranée débarrassée des armes nucléaires ». Une initiative lancée par le collectif « ICAN », à laquelle s’est associé le Mouvement national de lutte pour l’environnement (MNLE), qui vise à faire grandir la prise de conscience sur ces questions dans l’optique du Forum social mondial, programmé à Tunis du 26 au 30 mars.

« Pour une Méditerranée débarrassée des armes atomiques » : c’est le thème du forum social alternatif qui se tient ce samedi 9 mars de 9h à 18h30 à la Cité des associations, 93, la Canebière à Marseille (1er). Une rencontre initiée par le collectif « ICAN », qui a lancé une campagne internationale pour abolir les armes nucléaires, dans le cadre de la préparation du Forum social mondial. Ce rassemblement de ceux qui pensent qu’un autre monde est possible se tiendra à Tunis du 26 au 30 mars. Dans cette optique, la journée de débats de ce samedi à Marseille abordera notamment les luttes pour l’élimination des armes nucléaires en Méditerranée et les risques humanitaires liés à l’utilisation de l’arme atomique. « Aujourd’hui, la France et Israël la possèdent, et des armes de l’OTAN sont stockés en Italie, en Turquie et plus au Nord en Europe, souligne Claude Aury, membre du bureau national du Mouvement national de lutte pour l’environnement (MNLE), qui participe au collectif « ICAN » au nom du MNLE. Le Traité de non-prolifération des armes nucléaires n’a pas permis d’évoluer. On a des puissances qui possèdent l’arme atomique et qui interdisent aux autres de l’avoir. On est toujours sur la dissuasion : posséder l’arme nucléaire serait source de paix. »

Un discours dont l’origine remonte à la fin de la Seconde guerre mondiale en 1945, il y a près de 70 ans. « Les cinq vainqueurs de la guerre, Etats-Unis, Royaume-Uni, France, URSS et Chine, ont décidé que les autres n’y avaient pas droit, qu’ils assumeraient la protection du monde », rappelle Claude Aury. Depuis Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord ont rejoint le cercle des puissances nucléaires, alors qu’une prolifération est envisagée dans plusieurs pays (Iran, Egypte, Tunisie, Arabie Saoudite…). Mais « on reste sur la dissuasion. On a lissé les choses en l’état, les lignes n’évoluent pas », déplore Claude Aury.

Un discours auquel ne peut bien entendu pas souscrire le MNLE qui a décidé de s’associer à l’initiative de ce samedi à Marseille. « Le nouveau développement solidaire que l’on souhaite ne peut pas se faire sur l’idée de la crainte de l’autre. Pour que l’on ait ce développement, il faut que chacun ait de l’eau, à manger, les moyens de se soigner. Il faut la paix, que les sommes allouées aux moyens militaires soient utilisées pour les facteurs de développement dans le cadre d’une confiance mutuelle », insiste le membre du bureau national du MNLE.  

« La convergence des préoccupations entre la paix et l’environnement »

Et Jean-Claude Cheinet, président du MNLE 13, de souligner « la convergence des préoccupations entre la paix et l’environnement ». « Tout d’abord, le nucléaire militaire, ce serait la destruction de la vie sur terre. Toute guerre nucléaire est impossible ou ce serait la fin de toutes formes supérieures de vie. Ensuite, dans le cadre de la lutte contre les gaz à effet de serre, il faut abandonner le combustible fossile. Or, le seul recours dans l’immédiat c’est le nucléaire civil, dans le secteur public, sous contrôle démocratique, tout en développant les énergies renouvelables. Ces dernières n’en sont aujourd’hui qu’à un stade pilote et nous n’avons pas encore les moyens d’en faire une solution durable. Enfin, le fait de rechercher des énergies fossiles, des terres rares, des minerais, aboutit à des interventions de grandes puissances comme les Etats-Unis en Irak et la France et le Royaume-Uni en Libye pour le pétrole, et la France au Mali pour l’uranium. Ce mode d’approvisionnement conduit à des guerres, à des dégradations de l’environnement. Voilà pourquoi nous nous inscrivons pleinement dans cette campagne lancée par « ICAN » », explique-t-il.

Catherine Séchet, présidente du MNLE Paca, abonde dans le même sens. « Nous, notre manière de voir c’est qu’il faut produire et consommer autrement. Donc il ne faut pas que le peu de budget disponible soit avalé par la guerre et le nucléaire. On a besoin des forces vives : la guerre, ça ruine, la paix, ça développe. Certes aujourd’hui, le nucléaire est incontournable. Mais qu’est-ce qu’on va faire des déchets ? Peut-on léguer les déchets nucléaires aux générations futures ? », s’interroge-t-elle à haute voix.

D’autant que le Méditerranée est en première ligne sur ce dossier. « Il y a en Méditerranée, en France, des réacteurs nucléaires au cœur d’une agglomération de plus 100 000 habitants », dénonce Jean-Claude Cheinet en référence au port militaire de Toulon où est basé le porte-avions nucléaire le « Charles de Gaulle ». « En mer Méditerranée, il y a aussi des zones conflictuelles au Proche-Orient, pour l’eau et la terre, en Libye, poursuit-il. Eliminer les armes atomiques, c’est éliminer les risques de destruction du monde. »

Claude Aury observe aussi que le fait qu’Israël dispose de la bombe atomique complique encore davantage la résolution du conflit au Moyen-Orient. Sans oublier les risques humanitaires induits notamment par les armes à sous-munitions. « Toutes les guerres laissent des bombes, de la pollution et des armes à fragmentation (sous-munitions) : elles n’explosent pas forcément toutes et les gamins jouent avec… », s’indigne-t-il.

Parvenir à une Convention d’élimination des armes nucléaires

Alors, à l’heure où en 2013 on recensait 20 000 bombes nucléaires encore en fonction dans le monde, 2 000 étant en état d’alerte, prêtes à partir en une quinzaine de minutes, le Forum social mondial est l’occasion de « faire grandir la conscience des citoyens sur ces thèmes », Et particulièrement en France « qui peut avoir un rôle clé ». « Si elle s’engageait dans une bataille pour l’élimination des armes atomiques, elle ferait avancer les choses car la France est elle-même une puissance nucléaire. Elle aurait une voix qui porterait davantage », souligne le membre du bureau national du MNLE.

Mais le chemin est encore long tant la France fait figure de mauvais élève en la matière. « Déjà, la France a été l’un des derniers pays à adopter le Traité de non-prolifération des armes nucléaires. Il a été signé en 1968 et ratifié en 1970. La France ne l’a fait qu’en 1992 : elle a mis 22 ans pour le ratifier. Elle l’a fait en même temps que la Chine qui n’est pas forcément une référence », rappelle Claude Aury. Un traité qui, d’ailleurs, n’a pas empêché de nouveaux pays – l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord – d’accéder à l’arme nucléaire. Et il y a quelques jours, la France n’a pas daigné se rendre à Oslo où se tenait une conférence sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires, initiée par le gouvernement norvégien qui a appelé tous les pays à éliminer leurs armes nucléaires pour éviter une catastrophe humanitaire.

L’objectif du collectif « ICAN » est également de parvenir à la signature d’une Convention d’élimination des armes nucléaires : armes atomiques, armes à sous-nutritions (fragmentation), armes bactériologiques et chimiques. Une idée qui progresse sur la scène internationale. En effet, alors que les trois quarts des Etats ont voté en décembre 2010, à l’Assemblée générale de l’ONU, pour une Convention d’élimination des armes nucléaires, seuls 4 pays, sur les 193 membres de l’ONU, ont voté contre une telle proposition en décembre 2012. La France était une fois de plus en marge de la communauté internationale, aux côtés des Etats-Unis, la Russie et le Royaume-Uni.

Le Forum social mondial doit encore permettre de franchir un cap. « Les forums mondiaux existent depuis 15-20 ans mais aujourd’hui, on passe à une autre forme en les démultipliant. Tunis aura un impact s’il essaime. S’il n’y a rien ailleurs, ce ne sera pas assez », insiste Catherine Séchet.

Serge PAYRAU