Un vélo en bois écologique et confortable

Comme le rappelle Henri Dumolié, membre de l’Association des métiers d’art et des techniques (AMAT), « l’artisanat d’art post-68 a été l’un des facteurs essentiels de la prise de conscience de l’écologie actuelle et de la remise en cause des systèmes de production et de consommation ». S’il en fallait une, le vélo en bois, réalisé par le Haut-Alpin Gilles Gaillard, serait une preuve éclatante de cette dimension écologique des métiers d’art. Son créateur, originaire de la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas dans le Champsaur, lui a déjà consacré plus de 3 500 heures de travail pour en assurer la conception de A à Z, via un logiciel professionnel de dessin vectoriel et modélisé avec un logiciel de calcul de la société MD Bat. De ce labeur sont nés deux prototypes qui devraient sans aucun doute figurer parmi les objets phares de cette 5ème édition du Salon des métiers d’art.

De gauche à droite : Henri Dumolié, membre de l’Association des métiers d’arts et des techniques (AMAT), Joël Giraud, député-maire de l’Argentière-la-Bessée, Jean-Claude Sobrero, président de la caisse du Crédit Mutuel Vieux Port, Christian Pellicani, élu de la mairie du 1er secteur de Marseille, Gilles Gaillard, concepteur du vélo en bois, et Gilbert Bertolini, président de l’AMAT

Le premier, sans changement de vitesse, doté d’un petit développement, a été conçu pour un usage spécifique sur pistes enneigées afin de remplacer des vélos en aluminium. « Ce modèle est destiné soit aux stations de ski qui souhaiteraient développer une activité annexe aux activités traditionnelles, soit à un prestataire en station », précise Gilles Gaillard. Un modèle neige dont cadre, bras oscillant et roues complètes ont été réalisées en bois (frêne, hêtre, acacia). Conçu sous la forme d’une structure cellulaire formée de pièces emboitées autobloquantes, le cadre a fait l’objet d’un dépôt de brevet à l’international.

Le second prototype est un vélo de ville, tout chemin, avec changement de vitesse intégré et équipé d’une assistance électrique. « Il y a le pédalage, puis l’assistance électrique fait ensuite le maximum du travail jusqu’à 25 km/h. Les roues intègrent un noyau en mousse à la place de la chambre à air pour faciliter la ville. Ce modèle, qui devrait coûter environ 6 000 €, vise les particuliers sur une niche très haut de gamme », poursuit-il.


En quête d’un soutien financier

Fort de dix années d’expérience dans l’activité VTT Randoneige qu’il a créée l’hiver 1999-2000 à Orcières-Merlette, Gilles Gaillard s’est lancé dès 2007 dans la conception et la fabrication de vélos en bois. VeloBois est d’ailleurs une marque déposée depuis 2010. « L’idée était d’avoir des vélos biomatériaux qui offrent le confort du bois et qui soient le plus modernes possible », se souvient-il. Le bois offre en effet la particularité d’absorber toutes les vibrations, ce qui en fait un élément très intéressant pour le confort général d’un vélo à vocation citadine. « De plus l’utilisation du bois comme matériau de fabrication me permet non seulement de m’inscrire dans un esprit de développement durable et d’utilisation de biomatériau, mais aussi de proposer un aspect visuel et esthétique qui se démarque de ce que l’on trouve communément sur le marché », souligne l’artisan. En outre, le poids de ce vélo électrique, dont le cadre est réalisé avec du frêne et de l’hêtre, est de 24 kg, soit parfaitement dans la moyenne des vélos électriques que l’on trouve actuellement sur le marché (entre 21 et 27 kg). Un modèle qui offre une autonomie d’une quarantaine de kms.

Déjà homologués, les prototypes ont reçu un très bon accueil où ils ont été présentés, que ce soit au Salon foire bio d’Embrun, au Roc d’Azur ou au Salon des artisans de Savoie. Reste désormais à lancer la production en série et la commercialisation, une étape que Gilles Gaillard pourrait franchir via un soutien financier de l’ordre de 50 000 € qui lui permettrait notamment de se doter d’un atelier pour préparer les lamellé-collé.

Serge PAYRAU